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Cours de littérature française

by Adolphe Peschier

Excerpt:

Le roman satirique repose sur la science des mœurs, sorte d'imagination qui s'arrête aux détails de la vie réelle, et cache sous des formes symboliques de grandes vérités. Le roman de la Rose dont Guillaume deLorris écrivit le commencement vers la fin du treizième siècle et Jean de Meung la fin, dans les premières années du quatorzième, nous offre une peinture animée et mordante des mœurs du temps et comme un supplément aux révélations de l'histoire. Une ideé assez licencieuse en constitue le fonds surchargé d'ailleurs de réminiscences antiques. L'allégorie, cette muse ou plutôt cette fée qui régnait au sô"mmet du Parnasse gaulois, a semé ce poème de figures métaphysiques, de puériles subtilités, de vaines arguties, de moralités bouffonnes; mais ce qui domine dans le cadre que l'esprit galant et chevaleresque du siècle avait choisi, ce sont les traits malicieux, la satire des mœurs du clergé et de la cour, enfin la personnification des vices, des vertus et des sentimens de cette époque : genre singulier, qui amusait les contemporains de Guillaume de Lorris habitués au langage de l'école et au mysticisme chrétien.

Jean de Meung, le plus spirituel et le plus satirique des deux, s'attira la haine des femmes par la hardiesse et l'inconvenance de ses attaques. Attiré dans une sorte de guet-apens par les dames de la cour que ses impertinences avaient exaspérées, il sut, par un stratagème adroit, faire tomber les armes des mains de ses ennemies et acquit avec le titre de poète le surnom d'homme d'esprit. Quant aux moines, non content de les railler de son vivant, il les mystifia après sa mort, s'il est vrai que, par une plaisanterie posthume, il feignit de léguer à un couvent de cordeliers des objets d'un prix inestimable, à la charge par ces religieux de lui accorder tous les honneurs d'une sépulture ecclésiastique de premier rang. De cette sorte d'impunité accordée à Jean de Meung, malgré ses hostilités réitérées contre les nobles et le clergé, ressort un fait qui peut servir à l'intelligence de ces temps de troubles et de confusion : c'est que la reforme religieuse du seizième siècle est bien plus vieille que Luther et que Calvin, et qu'elle date du jour où l'opposition contre la cour de Rome a été secondée par l'appui même indirect des gouvernetnens.

Un écrivain qui vivait à cette époque de douloureuse mémoire, nous en a retracé le tableau avec un singulier bonheur, grâce au naturel, à la vérité, à la sincérité des peintures et des sentimens. Historien et poète tout ensemble, doué d'une de ces imaginations que le spectacle des grandes choses ne laisse point tranquille, Froissart possède le mérite rare d'avoir éprouvé ces temps barbares et de les avoir rendus sur le papier comme il les portait dans son sein. Il peint ce qu'il raconte avec cette grâce, cette vivacité, ce naturel et cette abondance qui empêchent les faits d'être comme décharnés. On voit que son cœur a tressailli au spectacle des belles expertises d'armes dont il était témoin ; au lieu de la satiété qu'inspirent ces pièees officielles qui se redisent les unes les autres dans les chroniques du temps et n'instruisent guère plus qu'elles n'intéressent, nous assistons a des conversations animées où revivent les passions et les croyances contemporaines , avec cette rudesse et cette bonhomie, reflet du moyen âge tout entier. Froissart est une production toute naturelle qui n'emprunte rien à l'art. Il n'y a sans doute point de critique dans son histoire; mais le bon chroniqueur est toujours plein de charme et de naïveté, et ce qui déroge chez lui à la vérité des faits, profite à la vérité des mœurs: quand on a lu son livre, on peut bien ne pas connaître à fond les événemens, mais on sait les hommes. Froissart, c'est La Fontaine historien.

Il est impossible de ne pas être séduit, charmé par la franchise de sa narration, la dignité simple de son style, et cet enthousiasme chevaleresque qui donne la vie à ses modestes compositions. C'est un témoin oculaire, il raconte et ne juge pas. Montaigne dit quelque part qu'il y a deux espèces d'historiens, les simples et les excellens, et il met Froissart au rang des historiens simples, qui, n'ayant pas de quoi mêler à l'histoire quelque chose du leur, „enregistrent à la bonne foi, sans choix et sans triage, tout ce qui Tient à leur connaissance." Montaigne est fier, hautain, dédaigneux, gascon, il n'aime pas Froissart, et il a tort; car, indépendamment de la naïveté attrayante qui respire dans les écrits de ce chroniqueur, il est avant tout le témoignage le plus vif de l'époque où il a écrit : en lui revivent tout son siècle et le genie des anciens écrivains français.

C'est à la prière de son seigneur, Robert de Nain ur , que Froissait se décida à écrire l'histoire des guerres qui avaient ravagé la France. Dans ce but il se mit à voyager, errant comme les chevaliers d'alors qui parcouraient l'Europe et cherchaient partout à guerroyer, à s'illustrer, à s'avancer. Devenu clerc d'une reine d'Angleterre, il visita la sauvage Ecosse, suivit le prince noir en Aquitaine, parcourut l'Espagne, l'Italie, repassa en France à la mort de la reine sa protectrice, redevint ensuite clerc d'un duc de Bradant, et reprit bientôt le cours de ses voyages qu'il n'abandonna que peu de temps avant sa mort.

Froissart nous apprend dans quel état se trouvaient alors les Troubadours ; il nous représente avec une naïve vérité cette auguste protection des seigneurs qui quelquefois laissaient tomber un regard de bienveillance sur les chantres du gai savoir, et daignaient mettre sous leur nom les vers de ces ingénieux rapsodes. Il n'oublie rien dans ses narrations qu'il nous transmet avec une vivacité de langage pleine de grâce et d'intérêt; ajoutons que cette grande im< partialité qui règne dans ses ouvrages, tient à l'extrême justesse de son esprit.

Froissart peint avec beaucoup de naturel et de simplicité cet esprit de liberté bourgeoise qui était un des caractères distinctifs du moyen âge; sentiment respectable parce qu'il était invincible, sentiment qui tenait à d'anciens préjugés, à l'impossibilité de fléchir, et qui se manifestait par des résistances héroïques. Froissart se rend lui-même complice de ces généreuses résistances, et en retrace le tableau avec une force et une naïveté qui émeuvent puissamment. Son récit ingénu est éloquent, comme la vérité même. C'est que rien n'est plus favorable à l'éloquence que la sincérité des peintures et la franchise des sentimens. Qu'on lise dans ses Chroniques le dévouement des six bourgeois de Calais, récit plein de vraisemblance et de naturel, d'intérêt et de grandeur, et l'on reconnaîtra bien vite combien cette peinture de mœurs toute virante est supérieure au roman composé par un écrivain spirituel du dix-huitième siècle, Madame de Tencin, ainsi qu'à la tragédie du même nom par Dubelloy, auteur dramatique dont les sentimens sont bien plus français que les vers. Le premier de ces ouvrages pêche par une entière confusion des mœurs du moyen âge; le second par les inspirations les plus fâcheuses, mais surtout par une pompe et une solennité de langage que Tite Live n'aurait pas désavouées.


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