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Etudes littéraires sur les écrivains français de la Réformation

by Pierre-André Sayous

Excerpt:

L'exposition du Symbole des Apôtres prend ici sa place naturelle. Cette expositiou , qui absorbe une grande partie de l'ouvrage, enveloppe parmi les articles de dogme, d'autres points essentiels, tels que l'établissement de l'Église, dont l'histoire est sommairement racontée. Rien n'est plus complet dans un espace plus resserré, que les résumés historiques auxquels Calvin est souvent conduit. L'histoire ecclésiastique, l'histoire aussi de la philosophie, lui sont si familières, qu'il déroule, selon son besoin, et avec une aisance merveilleuse, leurs phases essentielles; et l'on sent que les détails ne lui coûteraient pas un plus grand effort.

Plusieurs chapitres se succèdent ensuite sur des sujets plus ou moins liés; tels que « la similitude et différence du Viel et du Nouveau Testament; » les précautions à apporter dans l'usage de « la liberté chrétienne, » laquelle, observe judicieusement Calvin, ne consiste point à manger de la viande le vendredi, ni à en faire étalage; observation qui pouvait trouver alors son application fréquente.

On me dispensera d'approfondir la doctrine de Calvin sur la prédestination; il l'expose avec un incroyable sang-froid, et ne jette dans l'ombre aucune des objections que sa thèse soulève; il les prend les unes après les autres, les formule , et souvent les développe avec éloquence dans la bouche «des hommes charnels, qui,» dit-il, «entendant ces choses (sa théorie), ne se tiennent point de faire troubles et émotions, comme si une trompette avait sonné l'assaut. » Néanmoins, je suis arrivé au terme de cette lecture pénible avec une autre impression que je ne m'y étais attendu.

Peut-être ce qui révolte dans la théorie si crûment fataliste de Calvin , c'est la forme dogmatique dont il l'a revêtue. Au fond qu'est-ce que cette élection gratuite, ce salut que nos œuvres n'ont pas gagné , cette miséricorde sans conditions ? une profonde humilité de la créature devant son Dieu, quoique malheureusement elle engendre d'ordinaire un grand orgueil devant les hommes. Calvin ne cesse de le répéter : Nous ne sommes rien, bien moins que rien , auprès de cet Etre qui est tout, que nos regards ne peuvent seulement contempler dans son éclatante grandeur; et, si l'expression dogmatique la plus exagérée de ce désespoir de nous-mêmes, n'a pas fait frémir les chrétiens qui l'ont hautement articulée , c'est que presque toujours ils y ont vu le plus immense sacrifice que l'homme put faire à Dieu , pour reconnaître son infinie bonté et notre misère sans bornes. Et peut-être est-ce là que git l'explication du contraste que présentent la plupart des sectes fatalistes de la philosophie païenne et du christianisme. Elles anéantissent la responsabilité de l'homme , et pourtant l'astreignent à une vertu sévère par les plus étroites obligations. Pour nous en tenir à l'époque qui nous occupe, quel fait domine les tendances réformatrices du seizième siècle? Avant tout, le dégoût qu'inspire la religion régnante , telle que l'a corrompue l'Église , le besoin de se livrer à un culte épuré , et d'honorer le Dieu que l'on prie par le sacrifice des vices du siècle. Ce sont des cœurs révoltés par le spectacle des souillures que l'Église ne s'épargne pas à elle-même, qui les premiers se tournent vers l'Évangile. C'est par sa morale pratique , la sainteté de ses mœurs, que se signale surtout l'Eglise calviniste. Cette réforme avait été de bonne heure la grande pensée, le but des efforts de Calvin. Obéir à Dieu , apparaissait à son âme sévère comme une nécessité terrible, une justice qu'il y avait danger de mort de violer. Mais la faiblesse humaine, cette effroyable misère qui nous laisse désarmés contre les passions mauvaises, rendait la victoire impossible. Il fallait donc ou imaginer le mal moins haïssable , et prendre pour le bien une vertu imparfaite , ou s'abandonner entièrement à la miséricorde illimitée de Dieu. Tous ces hommes austères repoussaient avec horreur la première alternative; ils acceptèrent l'autre dans toutes ses conséquences, dans une étendue qu'ils voulurent, sans bornes , comme la bonté divine. C'est ainsi seulement qu'à leurs yeux l'homme pouvait payer de reconnaissance son immortalité et son pardon. Née de telles convictions , cette confiance qui mettait sa gloire à être aveugle, ne pouvait affaiblir leur effroi du vice, elle l'exalta plus encore. Ce besoin ardent de rigoureuse justice, ou, si l'on veut, cette logique impitoyable est, selon moi, un fait qui chez Calvin a précédé ses persuasions systématiques. En lisant l'Évangile, pour ainsi dire, à travers les perceptions naturelles de son âme, il avait déduit du saint Livre , sincèrement et dans tout

ce qu'elles pouvaient avoir de violent et d'extrême, les conséquences dont l'ensemble forme sa conviction.

Ici donc la solution du problème est dans la nature des caractères, beaucoup plus que dans le principe métaphysique des opinions. Delà d'apparentes contradictions, sans cela inexplicables. Voyez à l'autre bord : les partisans de la loi naturelle , ceux qui accordent à l'homme la plus grande liberté et le font ainsi plus responsable, Rousseau, par exemple, ont en pratique une morale éminemment tolérante et facile. Comment expliquer ces contrastes, sinon en reconnaissant que la théorie procède des dispositions morales, et que le caractère préexiste à la doctrine?

Je reviens à X*Institution. Arrivé à l'article des Sacrements, on dirait Calvin sur un champ de bataille ; il charge ses adversaires avec une impétuosité sans égale. Le mystère de la messe, on s'y attend, est le but de ses coups multipliés; il déploie une incroyable verve de colère : railleries amères, méprisantes injures, il n'épargne rien aux messotiers, ainsi qu'il appelle les partisans de la messe, de cette Hélène, pour laquelle « les ennemis de la vérité aujourd'hui bataillent en si grande rage. » Cette Hélène n'est point, sous la plume de Calvin, une grâce de rhétorique; il se soucie, peu de la guerre de Troie , d'Homère et de Virgile, mais la comparaison est pour lui exacte de tous points; et, au développement qui suit et que je n'ose citer, on voit pourquoi il n'a pas rejeté cet auxiliaire païen. Quant à « cinq autres cérémonies qu'on a faussement appelées sacrements » (on devine qu'il veut parler de la confirmation, du mariage, etc.) ce n'est que pour la femme qu'il prend la peine d'en montrer l'abomination. Il est impitoyable sur les ordres ecclésiastiques; « ce sacrement de VOrdre, si fertile, qu'il a fait de soy sept petits sacramentaux. »


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