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The Count of Monte Cristo

Alexandre Dumas


Vanity Fair

William Thackery


The Bhagavad Gita

Anonymous


The Revolt of the Netherlands

Friedrich Schiller


Histoire de Napoléon I.

by Pierre Lanfrey

Excerpt:

Beaulieu, trop faible pour tenir la campagne contre l'armée française, ne pouvait lutter contre elle avec avantage qu'en profitant des lignes de défense que lui offraient les nombreux affluents du Pô qui sillonnent la haute Italie du nord au sud : le Tessin, l'Adda, l'Oglio, le Mincio, i'Adige. La ligne du Tessin étant forcée, il se replia rapidement sur l'Adda, évacuant toute la partie de la Lombardie comprise entre ces deux fleuves, après avoir toutefois laissé une garnison dans le château de Milan. Bonaparte le rejoignit à Lodi (9 mai), ville située sur l'Adda, sur la rive qu'occupait l'armée française. La ville fut facilement enlevée; mais, pour franchir le fleuve, il fallait emporter un pont garni d'artillerie et défendu par douze mille hommes. C'était là un obstacle que, d'ordinaire, on évite d'aborder de front pour épargner la vie du soldat, mais en le forçant Bonaparte avait l'espoir de couper deux divisions autrichiennes qu'il supposait être encore en deçà de l'Adda. Il n'hésita pas à tenter ce coup d'audace. Il forma en conséquence une colonne composée de l'élite de l'armée qu'il abrita derrière les remparts de la ville, après avoir donné l'ordre à sa cavalerie de passer le fleuve à gué à quelques centaines de pas au-dessus du pont. Cela fait, il couvrit le pont de mitraille et de boulets. La ligne ennemie recula derrière un pli de terrain pour se mettre à l'abri du feu. Bientôt notre cavalerie se montre sur son flanc. Alors la colonne se démasque, s'élance sur le pont, et après avoir fléchi un instant sous un ouragan de boulets, le franchit au pas de course et tue sur leurs pièces les canonniers ennemis.

Telle fut la bataille de Lodi, moins importante par ses résultats matériels, quelque considérables qu'ils fussent, que par la profonde démoralisation qu'elle jeta dans l'armée autrichienne, en lui inspirant un sentiment exagéré de sa propre infériorité. Nous n'avions perdu que deux cents hommes et nous avions fait deux mille prisonniers. Ce coup extraordinaire nous donnait toute la Lombardie. Beaulieu était forcé de battre en retraite sur Alantoue et sur le Mincio.

C'est au quartier général de Lodi, le 1/j mai, quatre jours après sa victoire, que Bonaparte reçut la lettre du Directoire qui bouleversait son plan de campagne et lui annonçait qu'il fallait désormais partager avec Kellermann le commandement de l'armée. Rien ne pouvait blesser plus profondément cette àme ardente et ambitieuse; mais, avec la décision d'un homme qui se sent nécessaire, il ne balança pas à offrir sa démission, bien convaincu au fond du cœur qu'elle ne serait pas acceptée. 11 répondit sur l'heure même au Directoire, en termes respectueux mais pleins de iermeté. 11 commençait par lui annoncer la conquête de la Lombardic, ce qui était assurément l'exorde le plus propre à donner du poids à ses paroles. Discutant ensuite l'expédition projetée sur Livourne, Rome et Naples, il assurait qu'une simple démonstration militaire suffirait, mais à la condition qu'il ne serait géné par personne. « S'il faut que je réfère de tous mes pas aux commissaires du gouvernement, s'ils ont le droit de changer mes mouvements, de m'ôter ou de m'envoyer des troupes, n'attendez plus rien de bon. » Mais ce qui était plus important que tout le reste à ses yeux, c'était de ne pas rompre l'unité dela pensée militaire : « Dans la situation des affaires, il est indispensable que vous ayez un général qui ait entièrement votre confiance. Si ce n'est pas moi, je ne m'en plaindrai pas, et je redoublerai de zèle pour mériter votre estime dans le poste que vous me confierez. Chacun a sa manière de faire la guerre. Le général Kellermann a plus d'expérience et la fera mieux que moi, mais, tous les deux ensemble, nous la ferions mal. »

Il adressait sa lettre à Carnot, avec qui il était en correspondance suivie, et qui s'était constitué son défenseur au sein du Directoire. Il l'autorisait à en faire l'usage que lui suggéreraient sa prudence et son attachement pour le général. « Je vous jure, lui disait-il, que je n'ai vu en cela que la patrie. Vous me trouverez toujours dans la ligne droite. Je dois à la République le sacrifice de mes idées. Si l'on cherche â me mettre mal dans votre esprit, ma réponse est dans mon cœur et dans ma conscience... Je crois qu'un mauvais général vaut mieux que deux bons. La guerre est comme le gouvernement, c'est une affaire de tact... Je ne veux pas être entravé, disait-il en finissant. J'ai commencé avec quelque gloire, je désire continuer à être digne de vous. »

Par ce mélange adroit de dignité et de flatterie, Bonaparte était assuré de l'appui de Carnot, mais l'adhésion du reste du Directoire était plus incertaine: plusieurs de ses membres lui étaient notoirement hostiles. La circonstance d'ailleurs était grave et valait la peine d'être mûrement méditée. Ce que le général réclamait dans sa lettre, ce n'était pas seulement le désaveu de deux idées fausses: l'expédition sur Naples et le partage du commandement, on y voyait plus encore le désir de s'affranchir de tout contrôle; c'était là le but de ses récriminations contre les commissaires du gouvernement. Il demandait indirectement à être investi d'une sorte de dictature. Ce n'était pas tout, il fallait revenir sur une détermination prise, car Kellermann avait déjà reçu sa nomination, et c'était créer un fâcheux précédent que de retirer une mesure qu'on croyait bonne sur la réclamation d'un général déjà remarqué pour son caractère entier et absolu. C'était une faute de lui céder par ménagement ce qu'on n'accordait pas à la justesse de ses raisons. Peut-être valait-il mieux obtenir des avantages moins brillants et ne pas encourager les usurpations du pouvoir militaire sur les pouvoirs civils. On pouvait, du reste, rappeler à Bonaparte que lorsqu'il s'agissait d'un autre que lui, ses vues sur la nécessité de l'unité de commandement étaient fort différentes de celles que lui suggérait son intérêt personnel. Lorsqu'il avait été question de réunir sous un seul commandement les deux armées de Sambrcel-Meuse et du Rhin, il s'était opposé à cette mesure avec une grande vivacité, alléguant que ce serait donner trop de pouvoir à un seul général.

Ces raisons furent débattues au sein du Directoire, et l'on peut affirmer avec certitude que le gouvernement eut, au moins un instant, le secret désir d'accepter la démission de Bonaparte, et que, dans toute autre occasion, on n'eût pas hésité à le sacrifier. Mais le général avait déjà su enchaîner les Directeurs par les services de tout genre qu'il leur rendait, autant que par la popularité que son nom avait acquise. De jour en jour et pour ainsi dire d'heure en heure il leur devenait plus indispensable. Ils ne se hâtèrent ni de confirmer, ni de dissiper ses inquiétudes, car ils ne répondirent à l'offre de sa démission que le 28 mai; mais, dans l'intervalle qui s'écoula entre ce jour et celui où ils lui avaient notifié leur résolution, ils reçurent coup sur coup les nouvelles les plus éblouissantes, en sorte qu'ils eurent la main forcée.

Ce n'était pas seulement le bulletin des rapides triomphes de Bonaparte, le Pô franchi, la Lombardie conquise, nos troupes entrant dans Milan aux acclamations d'un peuple enivré, c'étaient des avantages d'un ordre plus positif et auxquels le Directoire attachait encore plus de prix, sous la pression, il faut le dire non pour sa justification mais pour son excuse, d'une détresse financière effroyable et presque sans exemple.


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