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Novalis Including Hymns to the Night

Novalis, George MacDonald, Thomas Carlyle


Paradoxes of the Highest Science

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Oeuvres complletes

by Alphonse de Lamartine

Excerpt:

C'est une des facultés les plus naturelles et les plus universelles de l'homme que de reproduire en lui, par l'imagination et la pensée, et en dehors de lui par l'art et par la parole, l'univers matériel et l'univers moral au sein duquel il a été placé par la Providence. L'homme est le miroir pensant de la nature. Tout s'y retrace, tout s'y anime, tout y renaît par la poésie. C'est une seconde création que Dieu a permis à l'homme de feindre en reflétant l'autre dans sa pensée et dans sa parole; un verbe inférieur, mais un verbe véritable, qui crée, bien qu'il ne crée qu'avec les éléments, avec les images et avec les souvenirs, des choses que la nature a créées avant lui : jeu d'enfant, mais jeu divin de notre âme avec les impressions qu'elle reçoit de la nature; jeu par lequel nous reconstruisons sans cesse cette figure passagère du monde extérieur et du monde intérieur, qui se peint, qui s'efface et qui se renouvelle sans cesse devant nous. Voilà pourquoi le mot poésie veut dire création.

La mémoire est le premier élément de cette création, parce qu'elle retrace les choses passées et disparues à notre âme ; aussi les Muses, ces symboles de l'inspiration, furentelles nommées les filles de mémoire par l'antiquité.

L'imagination est le second, parce qu'elle colore ces choses dans le souvenir et qu'elle les vivifie.

Le sentiment est le troisième, parce qu'à la vue ou au souvenir de ces choses survenues et repeintes dans notre âme, cette sensibilité fait ressentir à l'homme des impressions physiques ou morales presque aussi intenses et aussi pénétrantes que le seraient les impressions de ces choses mêmes, si elles étaient réelles et présentes devant nos yeux.

Le jugement est le quatrième, parce qu'il nous enseigne seul dans quel ordre, dans quelle proportion, dans quels rapports, dans quelle juste harmonie nous devons combiner et coordonner entre eux ces souvenirs, ces fantômes, ces drames, ces sentiments imaginaires ou historiques, pour les rendre le plus conformes possible à la réalité, à la nature, à la vraisemblance, afin qu'ils produisent sur nous-mêmes et sur les autres une impression aussi entière que si l'art était vérité.

Le cinquième élément nécessaire de cette création ou de cette poésie, c'est le don d'exprimer par la parole ce que nous voyons et ce que nous sentons en nous-mêmes, de produire en dehors ce qui nous remue en dedans, de peindre avec les mots, de donner pour ainsi dire aux paroles la couleur, l'impression, le mouvement, la palpitation, la vie, la jouissance ou la douleur qu'éprouvent les fibres de notre propre cœur à la vue des objets que nous imaginons. Il faut pour cela deux choses : la première, que les langues soient déjà très-riches, très-fortes et très-nuancées d'expressions, sans quoi le poëte manquerait de couleurs sur sa palette ; la seconde, que le poëte lui-même soit un instrument humain de sensations, très-impressionnable, très-sensitif et très-complet ; qu'il ne manque aucune fibre humaine à son imagination ou à son cœur ; qu'il soit une véritable lyre vivante à toutes cordes; une gamme humaine aussi étendue que la nature, afin que toute chose, grave ou légère, douce ou triste, douloureuse ou délicieuse, y trouve son retentissement ou son cri. Il faut plus encore, il faut que les notes de cette gamme humaine soient trèssonores et très-vibrantes en lui, pour communiquer leur vibration aux autres; il faut que cette vibration intérieure enfante sur ses lèvres des expressions fortes, pittoresques, frappantes, qui se gravent dans l'esprit par l'énergie même de leur accent. C'est la force seule de l'impression qui crée en nous le mot, car le mot n'est que le contre-coup de la pensée. Si la peusée frappe fort, le mot est fort ; si elle frappe doucement, il est doux ; si elle frappe faiblement, il est faible. Tel coup, tel mot ; voilà la nature !


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