BLTC Press Titles


available for Kindle at Amazon.com


Alice's Adventures in Wonderland

Lewis Carroll


The Adventures of Sherlock Holmes

A. Conan Doyle


Esoteric Buddhism

A. P. Sinnett


The Bhagavad Gita

Anonymous


Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premières assemblées législatives, publ. par J.L. Duval

by Pierre Étienne L. Dumont

Excerpt:

* Voyez Tactique des Assemblées délibérantes, t. II.

On commença par un rapport sur les désordres des provinces, les châteaux brûlés, les troupes de bandits qui attaquaient la noblesse et ravageaient les campagnes. Le duc d'Aiguillon, Noailles et plusieurs autres de la minorité de la noblesse, après des peintures désastreuses, s'écrièrent qu'il n'y avait qu'un grand acte de générosité qui pût calmer le peuple, et qu'il était temps d'abandonner des privilèges odieux et de lui faire sentir les bienfaits de la révolution. Je ne sais quelle effervescence gagna l'assemblée. Il n'y eut plus ni sang-froid ni calcul. Chacun venait proposer un sacrifice, apporter une nouvelle offrande sur l'autel de la patrie, se dépouiller ou dépouiller les autres: il n'y avait pas moyen de réfléchir, d'objecter, de demander du temps; une contagion sentimentale entraînait les cœurs. Cette renonciation à tous les privilèges, cet abandon de tant de droits onéreux au peuple, ces sacrifices multipliés avaient un certain air de magnanimité qui faisait oublier l'indécence de cette fougue et de cette précipitation si peu convenable à des législateurs. J'ai vu dans cette nuit de bons et braves députés qui pleuraient de joie en voyant la besogne s'avancer si rapidement, et se trouvant de moment en moment portés sur les ailes de l'enthousiasme au-delà de toutes leurs espérances. Il est vrai que tout le monde n'était pas entraîné par le même sentiment. Tel qui se sentait ruiné par une proposition qui venait

d'être adoptée unanimement en faisait une autre par vengeance pour ne pas souffrir seul; mais l'assemblée entière n'était pas dans le secret des principaux moteurs, et ceux-ci allaient leur train en profitant de cette espèce d'ivresse générale. La renonciation aux privilèges des provinces se fit par les députés respectifs; ceux de Bretagne s'étaient engagés à les maintenir, et furent par conséquent plus embarrassés que tous les autres; mais ils s'avancèrent en corps, et déclarèrent qu'ils emploieraient tous leurs efforts auprès de leurs constituans pour obtenir la ratification du renoncement à leurs privilèges. Cette grande et superbe opération était nécessaire pour établir l'unité politique dans une monarchie qui s'était formée successivement de l'aggrégation de plusieurs états, dont chacun avait conservé quelques droits antiques, quelques privilèges particuliers, une sorte de constitution qu'il fallait détruire pour former un seul corps capable de recevoir une constitution unique.

Le lendemain on commença à réfléchir sur ce qu'on avait fait, et les mécontentemens percèrent de toutes parts. Mirabeau et Sieyes, chacun par des raisons particulières, condamnaient avec raison ces folies de l'enthousiasme. "Voilà bien nos Français, disait le premier; ils sont un mois entier à disputer des syllabes, et dans une nuit ils renversent tout l'ancien ordre de la monarchie." L'article des dîmes avait mécontenté

Sieyes plus que tout le reste. Dans les séances subséquentes on se flatta d'amender, de modifier ce qu'il y avait de plus imprudent dans ces décrets précipités; mais il n'était pas aisé de rétracter des concessions que le peuple regardait déjà comme des droits indisputables. Sieyes fit un discours plein de force et de raison, où il montra qu'abolir les dîmes sans indemnité c'était dépouiller le clergé de sa propriété pour enrichir les propriétaires; car 'chacun ayant acheté son bien moins la valeur de la dîmè se trouvait tout d'un coup enrichi d'un dixième, dont on lui faisait un présent gratuit. C'est ce discours, qu'il était impossible de réfuter, qu'il termina par ce mot souvent répété: Ils veulent être libres, et ils ne savent pas être justes.. La prévention était si forte \ que Sieyes lui-même ne fut pas écouté: on ne vit en lui qu'un ecclésiastique qui n'avait pas pu se dépouiller de son intérêt personnel, et qui payait ce tribut d'erreur à sa robe. Il s'en fallut peu qu'il ne fût hué et sifflé. Je le vis le lendemain plein d'un ressentiment amer et d'une indignation profonde contre l'injustice et la bêtise de l'assemblée, à laquelle il n'a jamais pardonné; il exhalait son humeur dans une conversation avec Mirabeau, qui lui disait: "Mon cher abbé, vous avez déchaîné le taureau, et vous vous plaignez qu'il frappe de la corne." Ces deux hommes-là eurent toujours une idée bien chétive de l'assemblée nationale; ils étaient bien en état d'apprécier ses

fautes, mais tous deux n'accordaient leur estime qu'à condition que leurs opinions prévaudraient toujours. Etaient-ils applaudis, il y avait du bon sens dans la majorité lorsqu'elle était laissée à elle-même; refusait-on de les suivre, il n'y avait plus que des imbécilles trompés par quelques séditieux. J'ai vu constamment Mirabeau graduer son opinion sur ce thermomètre, et sûrement il n'était pas le seul. Sieyes pouvait persuader que son mépris pour eux était sincère, parce qu'il ne cherchait point à s'en faire applaudir, et gardait un dédaigneux silence. Mais Mirabeau, tourmenté du besoin de monter à la tribune, à qui pouvait-il faire croire qu'il était indifférent à leur blâme ou à leur louange? Tous deux sentaient bien qu'une assemblée unique n'avait aucun régulateur, et la séance du 4 août montra à quel point l'enthousiasme contagieux et l'éloquence de la peur pouvaient entraîner ses résolutions et lui faire perdre toute mesure.

Ces décrets du 4 août, loin d'avoir mis un terme au brigandage et aux violences, achevèrent de montrer au peuple sa force, et le convainquirent que tous les attentats sur la noblesse seraient impunis s'ils n'étaient pas même récompensés. Encore une fois, tout ce qu'on fait par crainte ne remplit jamais son but. Ceux que vous croyez désarmer par des concessions redoublent de confiance et d'audace.


... from the RetroRead library, using Google Book Search, and download any of the books already converted to Kindle format.

Browse the 100 most recent additions to the RetroRead library

Browse the library alphabetically by title

Make books:

Login or register to convert Google epubs to Kindle ebooks

username:

password:

Lost your password?

Not a member yet? Register here, and convert any Google epub you wish


Powerd by Calibre powered by calibre